LOVAAS :
Lovaas est le concepteur d’un programme communément appelé ABA (applied behavioral analysis). C’est un programme d’intervention comportementale précoce et intensif, basé sur les principes fondateurs de la psychologie du comportement (conditionnement classique et opérant, imitation, modelage…). Il vise à rendre l’enfant capable de tirer profit de son environnement, soit d’être en mesure d’y faire les apprentissages courants, tout comme les enfants se développant sans autisme.
LE PROGRAMME :
Le programme débute avant l’âge de 5 ans, les meilleurs résultats étant obtenus quand l’intervention débute le plus tôt possible (+/- 36 mois).
Le nombre d’heures de traitement est très important, de l’ordre de 30 à 40 heures par semaine.
ABA est une approche très structurée, qui réduit au maximum les temps où l’enfant n’est pas en situation d’apprentissage, car celui-ci n’est pas en mesure, comme un enfant se développant sans autisme, de profiter pleinement de la stimulation induite par son environnement naturel.
Le programme de chaque enfant est adapté à ses besoins. Les intervenants sont supervisés par un psychologue formé dans ce domaine.
Les sessions d’apprentissage ont lieu dans un endroit libéré de sources de distractions. Habituellement, l’enfant est assis à table. L’intervention a lieu dans le milieu naturel de l’enfant.
Lovaas recommande l’alternance des intervenants, afin que l’enfant ne s’habitue pas à l’un d’eux en particulier.
Après avoir établi quelle compétence sera enseignée, l’apprentissage de celle-ci est découpée en plusieurs phases.
L’indication de la consigne doit être simple et précise.
Ensuite, l’intervenant va inciter l’enfant à accomplir la tâche. L’incitation peut être verbale, gestuelle, ou physique. Au fur et à mesure des progrès de l’enfant, l’intervenant va réduire son aide, jusqu’à ce que l’enfant soit capable d’accomplir la tâche de façon autonome.
Une fois acquise lors des séances de travail, la compétence devra être systématiquement généralisée dans différentes situations de la vie quotidienne.
LE RENFORCEMENT :
Un enfant se développant sans autisme ressent de la satisfaction en présence de renforçateurs sociaux (félicitations, correspondance à un modèle). L’autisme altérant le développement des interaction sociales, l’enfant qui en est atteint ne trouvera pas ou peu de satisfaction en présence de tels renforçateurs. Pour lui apporter suffisamment de motivation lors de l’effort d’apprentissage qu’il lui demande, l’intervenant va lui proposer des renforçateurs primaires (nourriture, objets). En même temps, il va féliciter l’enfant de façon très démonstrative. Au fur et à mesure de son développement, l’enfant va devenir capable d’apprécier les renforçateurs sociaux, qui remplaceront alors les renforçateurs primaires. Le but est que l’enfant retire un plaisir intrinsèque à l’apprentissage.
LES COMPORTEMENTS INDESIRABLES :
Les comportements déviants, tels que les stéréotypies, les comportements d’évitement, l’automutilation (griffure, morsure…), ne sont jamais acceptés. Nuisant à l’apprentissage, ils ne sont jamais tolérés. En présence d’un comportement indésirable, on procède à une analyse fonctionnelle systématique : on va déterminer ce qui cause le comportement, quand il se produit, à quelle fréquence, à quelle intensité, ainsi que ce qui se passe avant et après. On agit sur les causes, ainsi que sur les conséquences. Ignorer le comportement inadapté va en diminuer la fréquence, celui-ci n’étant jamais renforcé socialement. On va également proposer à l’enfant un comportement adapté pour remplacer celui problématique.
FORCES :
Lovaas a publié une étude en 1987, où il démontre que 47% des enfants ayant bénéficié de son approche durant leur petite enfance montraient de tels progrès au niveau du QI, du langage, de l’adaptation qu’ils étaient en mesure de suivre un cursus scolaire normal. L’étude de suivi montre que les gains restent acquis, même après l’arrêt du programme. Aucune autre approche n’a donné de tels résultats à ce jour. Le programme que suit l’enfant est calqué de façon précise sur son développement. Chaque réponse de l’enfant à un exercice est scrupuleusement notée, chaque rapport étant ensuite analysé par le superviseur, qui modifie ensuite le programme individuel de l’enfant en tenant compte des annotations des intervenants. FAIBLESSES : Le bon déroulement du programme demande que les personnes qui suivent l’enfant soient très bien formées. Pour le superviseur, il faut une formation post-doctorale. Le programme est extrêmement coûteux en temps et en argent.
Références :
Skinner, B. F. (1953). Science and Human Behavior Right from the start – Behavioral intervention for young children with autism, de Sandra L. Harris et Mary Jane Weiss, éditions Woodbine house, 1998
Lovaas,O. Ivar . (1987) "Behavioral treatment and normal educational and intellectual functioning in young autistic children", *Journal of Consulting Clinical Psycholology* 55:3-9.
McEachin, J.J., Smith, T. and Lovaas, O.I. (1993). Long-term
outcomes for children with autism who received early intensive
behavioral treatment. American Journal on Mental Retardation. Vol.
97 pp 359-372
Magerotte, G. & Rogé, B. (2004). Intervention précoce en autisme : un défi pour les praticiens. L'évolution psychiatrique, 69, 579-588. Magerotte, G. (2001). L'Applied Behavior Analysis. L'analyse appliquée du comportement en intervention précoce en autisme. Les cahiers pratiques d'A.N.A.E. (approche neuropsychologique des apprentissages de l'enfant),n° 2, 20-23. Patrick Bruderlein, 2005, « Autisme, de la psychologie à l’intervention », Université de Fribourg, notes de cours non publiées
Rédaction : Laure Fortuzi-Nusbaumer |