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Comment expliquer que des approches non-validées scientifiquement, voire invalidées, fassent quand même recette auprès de parents et de professionnels ?
Elles sont souvent plus médiatiques, présentées comme plus spectaculaires, ou promettant la guérison.
La psychanalyse :
Bruno Bettelheim, psychanalyste américain d’origine autrichienne, proposa cette hypothèse à propos des origines de l’autisme : L’autisme de l’enfant serait causé par son environnement familial, en particulier sa mère, décrite comme froide et incapable d’établir une communication satisfaisante avec son enfant, qui se replie alors sur lui-même. Le traitement préconisé par Bettelheim est de retirer la garde de l’enfant à ses parents et de le placer au sein d’une équipe éducative maternante. Il décrit sa vision de l’autisme dans le livre « La forteresse vide ».
Maints psychanalystes connus (Lacan, Klein, Dolto…) vont développer diverses théories de ce type, où chaque fois la relation maternelle est à l’origine du trouble de l’enfant. La rigidité observée encore aujourd’hui chez les psychanalystes s’explique par le fait qu’ils ne remettent pas en question les déclarations de leurs maîtres.
Les psychanalystes utilisent la CFTMEA (Classification Française des Troubles Mentaux de l’enfant et de l’Adolescent) pour poser un diagnostic. L’autisme y est considéré comme une psychose. La relation maternelle est mise en cause dans l’apparition des troubles.
Le traitement psychanalytique est dommageable à la personne atteinte d’autisme.
La communication facilitée :
La communication facilitée a pour base théorique que l’autisme n’est pas un TED, mais un trouble moteur qui empêche la personne d’avoir l’impulsion de communiquer. Il y aurait une barrière au niveau de la communication.
L’intervention pratique consiste à pallier le déficit d’impulsion grâce au facilitateur qui tient le bras ou la main de la personne handicapée lors de la frappe sur un clavier.
Les dangers liés à cette pratique sont qu’on rend la personne dépendante du facilitateur pour s’exprimer. Les parents et l’entourage croient qu’ils peuvent « parler » avec leur enfant et se créent une fausse représentation de lui. Les facilitateurs peuvent être à l’origine de fausses accusations graves, ils ne se rendent pas compte que le message vient d’eux-mêmes. Les professionnels voient leur activité éducative entravée.
Les études scientifiques ont prouvé que le message obtenu par communication facilitée provient à 100% du facilitateur.
En 1994, l’APA ( American Psychological Association) adopte la position que la communication facilitée est controversée et non-prouvée scientifiquement. L’AAMR (American Association of Mental Retardation) adopte une position semblable au même moment.
Malgré les résultats de
nombreuses recherches et les prises de positions officielles
des milieux
scientifiques européens et américains, de nombreuses
institutions persistent à appliquer cette méthode
reconnue inutile et même dégradante pour la personne
atteinte d'autisme. Il est par ailleurs étrange de constater
le silence de plusieurs associations suisses sensées
défendre les droits des personnes atteintes d'autisme
sur de telles pratiques.
Sources :
Bruno Bettelheim ou la Fabrication d'un mythe
: Une biographie, de Richard Pollak, traduit par Agnès
Fombonne, 2003
Le livre noir de la psychanalyse, de Catherine
Meyer, 2005
Barbara B. Montee, Raymond G. Miltenberger and David Wittrock, Journal of Applied Behavior Analysis, 1995, 28, 189-200. AN EXPERIMENTAL ANALYSIS OF FACILITATED COMMUNICATION
Resolution on Facilitated Communication by the American Psychological Association, Adopted in Council, August 14, 1994, Los Angeles, CA
Wheeler, D. L., Jacobson, J. W., Paglieri, R. A., & Schwartz, A. A. (1993). An experimental assessment of facilitated communication. Mental Retardation, 31 , 49-60.
Patrick Bruderlein, 2005, « Autisme, de la psychologie à l’intervention », Université de Fribourg, notes de cours non publiées
Rédaction : Laure Fortuzi-Nusbaumer et
Patrick Bruderlein |