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Introduction Les troubles du comportement
sont très fréquents
chez les personnes atteintes d’autisme. Pour les parents
et l’entourage, c’est souvent le problème
majeur, loin devant le déficit social ou communicatif
par exemple.
L’intervention est difficile parce qu’elle est
basée sur les apprentissages, qui sont rendus compliqués
par la présence de troubles parfois sévères
de la communication. La prise en charge de ces troubles est
donc très spécifique.
Avant toute chose, il est nécessaire de définir
ce qu’est un trouble du comportement.
Qu’est-ce qu’un trouble du
comportement ?
Un trouble du comportement peut être défini comme
une conduite qui crée une nuisance à la personne
et/ou à son entourage.
On a l’habitude de regrouper
les troubles du comportement selon qu’ils concernent
:
la propre intégrité physique
de la personne (automutilation, stéréotypies,…)
l’intégrité physique
d’autrui
(agression, recherche de contact physique rapproché…)
des objets divers (destruction, utilisation
inadaptée…)
l’intégration sociale de la personne (propreté,
vol,…)
Pourquoi parler de troubles ?
Les troubles du comportement ne sont pas
anodins. Ils nuisent à la
personne et à son entourage :
La personne est restreinte
dans son autonomie, son épanouissement,
, son droit à l’intégration sociale,
son intégrité physique, etc…
Son entourage est astreint à un surcroît de tâches
(surveillance, nettoyage, réparations, rangement, etc… accrus),
avec le risque de fatigue importante que cela engendre.
L’origine des troubles
Il est important, avant toute intervention, d'identifier l'origine
des troubles.
Les troubles du comportement ne sont pas spécifiques à l’autisme.
Ils sont présents dans d’autres pathologies. On les classe en trois catégories
:
les troubles liés directement à l’autisme
(stéréotypies, intérêts restreints…)
les troubles qui découlent de l’autisme (anxiété,
troubles de la communication,…) qui sont les plus fréquents
les troubles indépendants (refus d’aliments,
destruction d’objets…)
La fréquence importante des troubles du comportement
dans l’autisme s’explique par différents
facteurs :
Pour les personnes atteintes d’autisme, l’environnement
peut être très peu compréhensible et imprévisible.
Cela entraîne chez elles un important sentiment d’angoisse,
qui peut générer des comportements inadaptés.
Le manque de capacités de communication, notamment les
déficits de compréhension et expression verbale,
empêche les personnes d’exprimer un malaise, une
douleur, un désir ou un besoin, et peut également
entraîner des réactions inappropriées.
Il est très important d’identifier clairement
les contingences du trouble et sa fonction, afin de pouvoir
en comprendre le mécanisme de déclenchement,
la raison de sa pérennité et quel comportement
adapté proposer en remplacement.
Parfois, la seule réponse à disposition des
personnes handicapées est le comportement inadapté.
L’intervention va permettre à la personne de
disposer d’autres moyens, adaptés cette fois,
pour exprimer ce qu’elle exprimait jusqu’alors
par des conduites inadaptées.
Quand faut-il intervenir ?
Il faut toujours intervenir le plus tôt possible, afin
d’éviter la cristallisation du comportement. Un
comportement bien installé sera toujours plus difficile à modifier
qu’un comportement naissant.
Les comportements considérés comme enfantins
(donc admis chez les enfants) mais qui s’installent,
risquent de devenir très dérangeants lorsque
l’individu sera adolescent puis adulte. Par exemple,
un adulte qui s’assoit par terre et ne veut plus avancer,
un adulte qui touche les gens, les renifle, etc…
L’apprentissage de comportements
adaptés demandant
beaucoup de temps à des personnes souffrant d’autisme
et de retard mental, il ne faut pas retarder le début
de l’intervention en comptant sur le développement
de la personne pour régler le problème.
Par exemple, dans le cas d’une personne pour qui se
mordre signifie « non », on doit proposer un moyen
de communication alternatif adapté, en plus de faire
en sorte que l’automutilation cesse. Si la personne utilise
l’automutilation pour signifier un refus depuis plusieurs
années, modifier ce comportement demandera beaucoup
de temps. Aussi, intervenir dès l’apparition des
troubles est très important.
Toute conduite dérangeante pour l’entourage de
la personne handicapée ne doit pas être automatiquement
considérée comme trouble du comportement.
Cependant, quand une conduite nuit manifestement à la
personne ou son entourage, ou risque de nuire si elle persiste,
il convient d’intervenir.
L’intensité, la
durée et la fréquence
du comportement doivent être analysées en relation
avec le contexte et l’âge de la personne concernée.
Des questions éthiques entrent en ligne de compte.
Intervenir va-t-il restreindre la liberté, l’autonomie
de la personne ? Mais ne pas intervenir ne risque-t-il pas
de mener à des situations pires ?
En tout état de cause, on choisira toujours les solutions
les moins contraignantes, les moins restrictives pour la liberté de
la personne, tout en restant efficaces.
L’intervention sur les troubles du comportement
L’intervention vise habituellement à remplacer
une comportement inadapté par un comportement adapté.
Par exemple, apprendre à une personne à manifester
son mécontentement en hochant de la tête plutôt
qu’en se mordant.
Derrière une apparente
facilitée, L’intervention comportementale est
une approche complexe et difficile à maîtriser.Une
formation professionnelle spécifique de plusieurs années
en psychologie comportementale appliquée
est nécessaire à qui veut prétendre élaborer
et superviser de telles interventions. Il
en va de l’avenir de la personne
concernée. Une intervention mal menée peut conduire à l’accentuation
des troubles, à la mise sous traitement pharmaceutique,
et au placement de la personne dans un environnement restrictif.
L’intervention comportementale doit être menée
dans un esprit de responsabilité. L’essentiel
est de déterminer des objectifs qui favorisent le développement
des individus, et accroissent leur liberté individuelle.
On intervient sur le comportement lui-même
et/ou sur les causes du comportement.
Il est important de ne traiter qu’un comportement à la
fois, même si la personne présente plusieurs comportements
inadaptés.
Avant toute intervention, il est impératif d’écarter
toute cause physiologique (blessure, maladie, douleurs dentaires…)
au trouble du comportement.
En général, les aspects suivants seront étudiés
:
quel est l’âge de la personne ?
quand le comportement est-il apparu ?
quelle est son intensité ?
quelle est sa durée ?
quelle est sa fréquence ?
dans quel contexte se déclenche-t-il ?
que se passe-t-il ensuite ?
Une observation soutenue et suffisamment
longue est nécessaire.
Le temps consacré à l’observation dépendra
bien entendu de la nature du trouble du comportement. On peut
se permettre une plus longue observation pour des conduites
peu ou pas dangereuses pour la personne et/ou son entourage.
Une réduction de la période d’observation
sera cependant nécessaire en cas d’automutilation
importante, d’agressivité, etc…
Il convient aussi de limiter les observations à des
facteurs concrets, et non à des interprétations
hasardeuses.
L’étude des observations recueillies permet de
donner un sens au comportement problématique.
Le choix de l’intervention
va dépendre directement
des résultats de l’évaluation.
Selon les besoins, on interviendra par exemple :
en soignant un problème médical
en structurant l’environnement
en améliorant les moyens de communication
en éliminant les facteurs déclenchants
en travaillant sur les conséquences du comportement
Les troubles causés par les déficits communicatifs
seront améliorés par la mise en place de moyens
compensatoires de communication.
Les troubles causés par le déficit social et
les intérêts restreints seront améliorés
par la structuration de l’environnement.
On peut inciter la personne à utiliser des comportements
adaptés en les encourageant très vivement. Ainsi,
féliciter abondamment une personne après qu’elle
ait produit un comportement adapté, la renforcer en
faisant en sorte que ce comportement ait pour elle des conséquences
très plaisantes, va en augmenter la fréquence.
Le comportement adapté pourra ainsi remplacer petit à petit
le comportement inadapté.
Fournir des occupations adaptées aux centres d'intérêt
et ainsi éviter que la personne s’ennuie, éliminer
dans la mesure du possible les stimuli conduisant à l’apparition
du trouble ou proposer une autre manière que le comportement
inadapté pour attirer l'attention conduit à des
résultats très satisfaisants.
Avant de dire qu’une personne handicapée ne veut
pas faire ce qu’on attend d’elle, il faut s’assurer
qu’elle a bien compris notre demande et qu’elle
est capable d’y répondre. Il faut également
permettre à la personne d’être valorisée
par ses progrès.
La description détaillée de l'intervention comportementale
est disponible sur la page suivante :
DESCRIPTION
DETAILLEE DE L'INTERVENTION COMPORTEMENTALE
Le cas des méthodes aversives
La punition a longtemps été utilisée
dans les programmes d’interventions comportementales
sans que ses effets à long terme ne soient réellement évalués.
Ces évaluations ont montré plusieurs faiblesses
des punitions :
1) Elles n’ont pas valeur d’apprentissage
La personne peut, par la punition, apprendre quel comportement
est inadéquat (par exemple casser de la vaisselle),
mais n’apprendra pas le comportement qui est attendu
(p.ex. « … si tu ne veux plus manger, tu peux simplement
pousser ton assiette sur la table et je comprendrai… »).
2) Elles génèrent de l’anxiété qui
inhibe les capacités d’apprentissage.
La punition a tendance à créer un climat d’anxiété qui
est incompatible avec les apprentissages. Apprendre par peur
d’avoir une punition ne favorise aucunement le maintien
et la généralisation des acquis par exemple.
3) Le risque de dérapage
De plus, le réflexe naturel de plusieurs devant l’inefficacité d’une
punition donnée est d’en augmenter l’intensité (p.ex.
augmenter le ton de la voix, allonger le temps d’isolement,
accroître le temps pendant lequel la personne sera privée
de télévision, de sorties ou de dessert…etc.).
Il est évident maintenant qu’une telle augmentation
de l’intensité ou de la fréquence des punitions
est contre productive au niveau éducatif et ne respecte
aucunement le droit à l’intégrité de
la personne.
Les punitions, ou plus précisément les « abus » en
terme de punition, ont longtemps desservis les approches comportementales en
les qualifiant plus ou moins clairement de « tortures ». Bien entendu
de tels abus ne peuvent être cautionnés et l’utilisation
de la punition reste aujourd’hui encore extrêmement contrôlée
dans le cadre des interventions comportementales (en fait beaucoup plus dans
ces interventions que dans beaucoup d’autres approches mois sensibles à cette
problématique).
En conclusion :
L’utilisation de la punition reste extrêmement
délicate en intervention comportementale. Son utilisation
ne peut être considérée que lorsque toutes
les voies alternatives ont été écartées
et lorsque la santé et le développement de la
personne le nécessite (comportement dangereux, automutilation
sévère, etc). Le recours à des procédures
de punition nécessite un contrôle constant (intensité,
fréquence, stress engendré, impact sur le comportement
cible, etc.) par du personnel qualifié qui saura adapter
la procédure en fonction des réactions de la
personne.
Conclusion
Les méthodes d’intervention
comportementale sont efficaces. L’intervention auprès
de personnes atteintes d’autisme et de retard mental
sévère
est difficile, de même si la personne a déjà derrière
elle plusieurs années de troubles du comportement. Il
est donc très important d’intervenir dès
l’apparition des troubles du comportement.
Tout comme on a évalué le trouble avant d’intervenir,
il convient d’évaluer l’efficacité de
l’intervention.
Si les résultats ne sont pas satisfaisants, on envisage
alors un autre type d’intervention.
Il ne faut pas perdre de vue qu’une fois les mesures
d’intervention en place, le comportement ne disparaîtra
pas du jour au lendemain. La modification comportementale demande
du temps.
sources
:
Ghislain Magerotte, « Manuel d’éducation
comportementale clinique », Editions Pierre Mardaga
Jean Cottraux, « Les thérapies comportementales
et cognitives », Masson, 4ème édition,
2004
Paul Trehin et Gloria Laxer, « les troubles du comportement
associés à l’autisme & aux autres handicaps
mentaux, AFD, 2001
Nicole Montreuil et Ghislain Magerotte, « Pratique de
l’intervention individualisée », De Boeck
Université, 1999
Philippe Compagnon, « De l'usage des punitions douloureuses
dans la prise en charge des personnes autistes, Perspective
américaine », La forteresse éclatée
no 40, 1998
Daniel Nollet, « Dictionnaire de psychothérapie
cognitive et comportementale », Ellipses Marketing, 2001
Eric Schopler et Gary Mesibov, « Behavioral issues in
autism », Plenum Press, 1994
Ladouceur, Bouchard, Granger, « Principes et applications
des thérapies behaviorales », Edisem Inc., 1977
Patrick Bruderlein, 2005, « Autisme, de la psychologie à l’intervention »,
Université de Fribourg, notes de cours non publiées
Rédaction : Laure Fortuzi-Nusbaumer
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